Les feuilles d’Olivier

19 novembre 2006

Haut vol sur basse-cour

Classé dans : semaine sainte — wolivié @ 18:04

« Le Livre de la jungle, de l’usine Walt Disney, est une pure ignominie parce qu’il est d’une totale bassesse. Parfaitement : Un dessin animé peut se révéler non seulement abêtissant, mais avilissant. Celui-là, par exemple. Que l’usine Walt Disney fasse ses gros besoins sur Perrault ou Grimm, Lewis Carroll ou Swift passe encore. Chez Perrault ou Grimm, Lewis Carroll ou Swift, il y a assez d’acide naturel pour dissoudre la sucrerie poisseuse, les rosâtres guimauves d’une moralisation bêlante, dont Walt Disney nappe, à grandes louchées, leurs histoires amères. Pas chez Kipling– surtout pas celui du Livre de la jungle. Chef d’œuvre de tendresse fragile et de poésie enfantine – dans le sens où enfance signifie innocence sérieuse, délicatesse primitive, pudeur craintive. Le furtif et l’effarouchable. Ce qu’il en reste après le passage des bulldozers de la grande fabrique glace le sang. Tout est ruine et deuil, ricanement et sottise satisfaite. » …
(décembre 68)

Celui qui luttait, semaine après semaine, pour ce qu’il appelait le cinéma « debout » contre le cinéma « vautré », n’est plus de ce monde et ses fils ont tété trop longtemps un biberon rempli de cette rosâtre et poisseuse guimauve pour s’interposer, au bas des marches du Grand Palais, et tenter d’empêcher la suite de la débâcle, au nom du Roi (et de l’oiseau)…

Alors je vous fais un vieux jeu concours ringard anti-virus
qui va me coûter 15 euros:

Celui ou celle qui me donnera, en premier commentaire, le nom de l’auteur de ce petit pavé recevra « Chanson ou pas » le second album de Juja Lula.

Ce sera bien fait.

Allez, Jeanne, et tu sais, moi aussi, j’ai pêché mignon.

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Mais je t’épargne les couleurs.

17 septembre 2006

En rangeant mon quinquennat, je fouille au cas que.

Classé dans : semaine sainte — wolivié @ 17:07

Et chouette !
Je retrouve cette petite photo d’une de ces peintures qui dorment gentiment
sous la couette d’autres… (voir “Klee dans la fêlure”, avril 2006)
Je la trouve toute douce. Elle doit dater de 1965, 1966…
Douce et ferme et noble.
Si je l’avais peinte hier, je lui aurais mis un cartel en bas à droite, avec un titre :

Je ne veux pas rester que pour moi et ma famille.
Je veux rester aussi pour vous.
Mes bagages sont à Roissy et seront vendus aux enchères
car je ne m’y présenterai pas.
Vous n’en tirerez rien.
Il n’y a dedans que l’énergie qui ne peut vous manquer
tant elle ne vous ressemble pas.

Huile sur toile 65-66.

Olivier Taffin, Cachan 2006.

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Les titres de noblesse sont toujours un peu long, Monsieur le Ministre, surtout s’il viennent vraiment de l’intérieur.

13 septembre 2006

… Quelque part loin de notre domaine,

Classé dans : semaine sainte — wolivié @ 20:04

… Quelque part loin de notre domaine, là où ils nichaient, à l’orée d’une forêt au bout d’une longue piste, ils étaient bien tranquilles…
Elle était une très jolie femelle. Les boucles soyeuses de sa crinière rousse encadraient son délicat museau et sa petite truffe rose était si mignonne que tous les solitaires de la meute se retenaient de siffler sur son passage…
Elle avait des pattes arrières fines et élancées surmontée d’une croupe ferme et dodue. Au bout de ses mamelles bien rondes pointaient de jolis tétons que son petit happait goulûment à l’heure de la tétée…À ses côtés, le mâle avec qui elle avait fait le petit avait aussi une jolie petite gueule.
Son pelage ras et brun recouvrait son robuste torse et, quand après une journée de chasse, il retrouvait sa « Bibiche », sa queue frétillait d’impatience avant de se dresser fièrement.
Il revenait pourtant souvent bredouille, après de long trajets dans des galeries sombres, sous terre, qui résonnait si fort qu’il aurait cru que des cavalcades de troupeaux, à la surface, ne finiraient jamais…

Depuis quelques temps, l’ombre des rapaces planait sur leur tanière.
Des hordes de plus en plus nombreuses et acharnées tentaient même, à coup de bec, de les en déloger…

- Mais qu’est-ce que c’est comme animaux, maman ?
- Des humains, ma chérie… Lui est chômeur, Elle est en arrêt maternité. Il s’en va en métro pointer à l’ANPE. Comme il ne trouve pas de boulot avec juste le RMI, ils ne paient pas leur loyer et les procédures d’expulsion doivent être bientôt appliquées…
- Mais dehors, ils vont crever, cet hiver, maman !

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C’est la vie des bêtes mon poussin… La sélection naturelle. La nature est belle et cruelle à la fois, tu sais.

26 août 2006

Réveil

Classé dans : semaine sainte — wolivié @ 7:45

- Résumons-nous.
Vous nous dites que vous êtes née d’une grande famille d’aristocrates de l’Est qui dût s’exiler, franchir le mur pour s’installer à Monte-Carlo.
Soit.
De votre enfance heureuse, vous gardez ce talent de concertiste classique qu’on a pu apprécier à Bayreuth et ce goût de l’écriture qui vous a amené à ce prix littéraire de l’an dernier.
Bon.
A vingt ans, vous étiez si belle que les plus grands peintres se battaient pour que vous posiez dans leur atelier et on ne compte plus les chefs d’œuvres où vous figurez nue.
Pourquoi pas.
Votre entrée dans la résistance et le courage dont vous avez fait preuve dans le maquis contre l’envahisseur vous a valu l’admiration méritée et le respect inconditionnel des grands hommes politiques de tous les partis.
Fort bien.
Quand vos parents eurent très vite reconstitué leur fortune, vous avez repris votre Doctorat d’ethnologie et vous êtes partie diriger cette expédition en Inde qui vous a permis cette découverte qui fit date et bouleverse, aujourd’hui encore, le monde scientifique.
D’accord.
Après votre carrière cinématographique, votre installation à Hollywood et vos récompenses dans les festivals, votre coup de foudre surprise avec le Prince héritier était un véritable mariage d’amour et la famille heureuse que vous avez su construire reste un modèle que chacun voudrait imiter.

Jusque-là tout paraît logique, tout va bien.

Mais vous supposez bien que mon problème est de comprendre cette place de caissière où vous vous êtes fait prendre dans ce supermarché en banlieue du neuf trois.
Et surtout, après votre trajet tout à fait honorable je crois, comment avez-vous pu vous enfuir avec la caisse ?
Vous n’étiez pas si malheureuse et vous n’aviez pas un réel besoin de cet argent !
Que vous manquait-il ?
Que cherchiez-vous donc ?
Bon sang.

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Je voulais cesser de rêver, Monsieur le Juge.

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