Les feuilles d’Olivier

12 avril 2008

Le copinage n’a pas d’âge

Classé dans : semaine sainte — wolivié @ 9:22

Né le 20 janvier 1913, Jean Robinet est un « écrivain paysan contemporain »… Une place de village porte son nom, à Villegusien le lac, en Haute Marne.
En plus et surtout, c’est mon ami.
Je l’ai même dessiné dans sa cuisine ( en train de me lire !)

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Jean a traversé le 20ème siècle en semant autant de céréales que de bouquins, Il déboule dans le 21ème comme une jeune auteur, une poignée de graines à la main.
De la mauvaise graine ?
Dans son dernier livre, on ne sait pas.

Pour Jacques et Lucienne, couple d’agriculteurs, très épris ; le bonheur serait complet si un enfant venait à naître… Mais, si les terres familiales sont fertiles, leur couple reste infécond. S’engage alors un long et douloureux processus médical qui remuera les époux jusqu’au plus profond de leurs certitudes.
L’enfant viendra-t-il ? Comment viendra-t-il ? D’où viendra-t-il ?

D’une autre semence est un livre d’exception.
Parce que, justement, il ouvre une porte, écrit à l’âge où on les ferme, ce nouveau roman de Jean Robinet est une véritable aventure, aussi magique et déchirante que la gestation qu’elle poursuit, aussi banale et tendre que le quotidien qui l’accompagne.
Parce l’image de la terre nourricière et maternelle sort de la contemplation nostalgique, parce qu’elle ne suffit plus et qu’on entre ici, de plain-pied, dans le processus d’un autre accouchement.

Il ne s’agit plus de métaphores. Nous sommes bien chez le gynécologue. Durant 150 pages, comme une ponctuation, son doigt de caoutchouc va fouiller le cœur du problème de la vie, de l’avenir.

Pourtant, toute l’histoire de l’auteur était là pour empêcher ce livre.
Sa génération s’efface, celle de la pudeur et des silences, des conservatismes mesurés, où respect ne pouvait rimer qu’avec religion, famille ou patriotisme…
Pour ne pas partir avec, l’auteur opère ici une véritable transgression. Une transgression obligatoire car un simple bilan eut été un abandon et que l’homme se refuse à clore le rythme des saisons sur un mauvais printemps.
À tout prix un enfant doit naître. Jean Robinet l’a choisi. Quoi que cela coûte, cela continuera.
Il croque alors à belles dents dans « ses » interdits. Des gestes, qui lui paraissaient vulgaires, des mots, qu’il trouvait crus, parcourent son roman, s’infiltrent dans l’univers de l’écrivain comme s’il désirait lui-même bousculer une image qu’il devine se figer… Il les apprivoise au fil des pages, à l’instar de ses héros, héroïques en l’occurrence.

Ces pages ont dû lui coûter autant que le réjouir de les affronter enfin.
Diable d’homme ! Diable au sens de malin (sans majuscule), d’avoir déniché une petite touffe de ronces dans son amour des collines pour en conter l’histoire…
Et, si les mauvaises moissons, les bonnes semailles font encore le bonheur de pages enthousiastes, le monde de la parabole n’est ici plus qu’un contrepoint.
C’est du Robinet nouveau intime et trouble, qui conte une déchirure ordinaire, comme un rite de passage qui s’accomplit jusqu’au bout, par-delà les préjugés, les blocages.

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C’est pas donné à tout le monde d’être mon ami.

4 avril 2008

Plaisir d’amour ne dure qu’un moment…

Classé dans : silences — wolivié @ 8:37

Pour exactement la même raison qui me ferait échanger toute une vidéothèque de Walt Disney contre dix minutes du Roi et l’oiseau, je larguerais toutes les fables de La Fontaine contre ces deux textes de Florian

Le chat et le Miroir

Philosophes hardis, qui passez votre vie
À vouloir expliquer ce qu’on n’explique pas,
Daignez écouter, je vous prie,
Ce trait du plus sage des chats.
Sur une table de toilette
Ce chat aperçut un miroir ;
Il y saute, regarde, et d’abord pense voir
Un de ses frères qui le guette.
Notre chat veut le joindre, il se trouve arrêté.
Surpris, il juge alors la glace transparente,
Et passe de l’autre côté,
Ne trouve rien, revient, et le chat se présente.
Il réfléchit un peu : de peur que l’animal,
Tandis qu’il fait le tour, ne sorte,
Sur le haut du miroir il se met à cheval,
Deux pattes par ici, deux par là ; de la sorte
Partout il pourra le saisir.
Alors, croyant bien le tenir,
Doucement vers la glace il incline la tête,
Aperçoit une oreille, et puis deux… à l’instant,
À droite, à gauche il va jetant
Sa griffe qu’il tient toute prête :
Mais il perd l’équilibre, il tombe et n’a rien pris.
Alors, sans davantage attendre,
Sans chercher plus longtemps ce qu’il ne peut
Comprendre,
Il laisse le miroir et retourne aux souris :
Que m’importe, dit-il, de percer ce mystère ?
Une chose que notre esprit,
Après un long travail, n’entend ni ne saisit,
Ne nous est jamais nécessaire.

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La carpe et les carpillons

Prenez garde, mes fils, côtoyez moins le bord,
Suivez le fond de la rivière ;
Craignez la ligne meurtrière,
Ou l’épervier, plus dangereux encor.
C’est ainsi que parlait une carpe de Seine
À de jeunes poissons qui l’écoutaient à peine.
C’était au mois d’avril ; les neiges, les glaçons,
Fondus par les zéphyrs, descendaient des montagnes ;
Le fleuve enflé par eux s’élève à gros bouillons,
Et déborde dans les campagnes.
Ah ! Ah ! Criaient les carpillons,
Qu’en dis-tu, carpe radoteuse ?
Crains-tu pour nous les hameçons ?
Nous voilà citoyens de la mer orageuse ;
Regarde : on ne voit plus que les eaux et le ciel,
Les arbres sont cachés sous l’onde,
Nous sommes les maîtres du monde,
C’est le déluge universel.
Ne croyez pas cela, répond la vieille mère ;
Pour que l’eau se retire il ne faut qu’un instant.
Ne vous éloignez point, et, de peur d’accident,
Suivez, suivez toujours le fond de la rivière.
Bah ! Disent les poissons, tu répètes toujours
Mêmes discours.
Adieu, nous allons voir notre nouveau domaine.
Parlant ainsi, nos étourdis
Sortent tous du lit de la Seine,
Et s’en vont dans les eaux qui couvrent le pays.
Qu’arriva-t-il ? Les eaux se retirèrent,
Et les carpillons demeurèrent ;
Bientôt ils furent pris,
Et frits.
Pourquoi quittaient-ils la rivière ?
Pourquoi ? Je le sais trop, hélas !
C’est qu’on se croit toujours plus sage que sa mère,
C’est qu’on veut sortir de sa sphère,
C’est que… c’est que… je ne finirais pas.

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Je ne finirais pas.

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