Exil
Mon admiration pour Paul Cuvelier est grande.
Et ma reconnaissance.
Corentin et, plus tard, Epoxy m’ont conduit à la BD, genre que j’ai exploré et cru aimer durant 15 ans.
Cuvelier révait d’être peintre. Il aurait dû se barrer plus tôt.
Moi, je l’ai quitté avant d’avoir trop bobo.
Peut-être en regardant aussi ses peintures. Sa dernière Leçon.

…
J’ai donc fait dix albums.
Tandis que se développaient habileté, gestion de trucs et conventions, qui définissent le travail de l’artisan, je perdais bien évidemment cette soumission indispensable à la maladresse qui définit l’artiste.
En effet, sitôt qu’il entre dans quelque maîtrise que ce soit, l’artiste se retrouve en marge de son projet. Il se doit de caresser l’échec pour que le visiteur ne puisse dire en passant au tableau suivant :
Ah ouais, vachement chouette celui-là !
La pire des insultes à cette dose de douleur que, sans en abuser, il doit biberonner en permanence.
Il m’a fallu réapprendre à dessiner aussi « mal » que je pouvais : Retrouver ce sentiment de vrai régal à disparaître derrière ce que mon sujet décide, lui, d’imposer.
Toute virtuosité que je lui assènerais serait arbitraire condamnation et lui ferait perdre cette autonomie que je voudrais qu’il s’approprie.
Mes toiles en abusent souvent. Elles s’offrent trop de libertés. On ne m’y identifie plus comme « leur » peintre. Elles me virent.
Mon seul courage est d’en peindre encore en espérant qu’une d’elle, un jour, m’autorisera à m’y reconnaître, en choisissant de ressembler à sa voisine…
appart. 222

appart.333
Après s’être installées dans le même immeuble, elles ont déménagé sur le même palier.
Encore un effort.
On l’a vu, celles de Cuvelier sont bien co-locataires…