Les feuilles d’Olivier

29 avril 2006

Nouvelle parano 1

Classé dans : intimité — wolivié @ 19:09

C’était hier. Nous étions quatre.
Deux porteurs d’un ambitieux projet et deux responsables susceptibles de le promouvoir. Un rendez-vous pris un mois à l’avance. Une réunion pour une fois d’importance.
Une correspondance entre les propositions et leur faisabilité.
Nickel, efficace, bouclé, réussi.
Ça valait le coup d’avoir bien bosser et de passer une heure et demie autour d’une table, d’autant que de se réunir à domicile permettait une tasse de thé et une part de gâteau.
Bon… Et maintenant ?
Un ange passe.
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Cela vous ennuie si je fume une cigarette ?
La plus téméraire des trois fumeuses - qui se tortillaient les pieds - venait de poser au fumeur - qui se rongeait l’ongle du pouce - la question qui nous fit entrer dans l’histoire de la nouvelle parano :

Quatre accros du tabac venaient de se faire un trip « réunion non fumeur » sans aucune autre raison que de respirer l’air du temps :

Obéir à des règles qu’on ne nous impose pas.

25 avril 2006

Klee dans la fêlure

Classé dans : peinture, nostalgies — wolivié @ 9:24

Les deux peintures qui suivent ont disparu très vite.

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J’en ai étrangement gardé la trace, peut-être parce qu’elles faisaient partie des toutes premières (1964).
J’avais 18 ans et reçu un Brownie Flash pour mon anniv.

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Avec une exemption de service militaire en prime, une mini fêlure de l’occipital m’avait retenu à la maison durant quelques longs mois et je m’étais mis à peindre.
J’étais impressionné par les œuvres de jeunesse de Paul Klee ( la femme et la bête, Persée, 1904) qui tombaient pile poil dans mon trip d’ado. Je l’ai suivi, modeste.

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Ma spécialité, en peinture, a toujours été le repentir, et ces deux toiles furent recouvertes tant de fois que je ne sais plus sous lesquelles elles se trouvent…
Je n’avais pas pourtant la volonté de les faire disparaître, mais elles devaient être à portée de main et le magasin de fourniture, loin à vélo.

La vingtaine de toiles que j’ai conservées de l’époque en contiennent 5 à 6 fois plus. J’ai quelques traces qui me permettront d’en détailler une ou deux, un de ces 4.

Mais la principale raison de ce cumul, c’est que je déteste peindre sur un toile vierge et qu’ainsi, chaque peinture se nourrissait de la précédente, tant par ses formes que par sa matière.

Le vide ne me conduisant à rien, je le fabriquais derrière moi.
Je le regrette, mais « le bruissement de ce que je froisse doit me suffire. »

Consolation : Les deux toiles qui suivent, de la même époque, ont échappé au sabotage. Peut-être parce qu’elle peuvent encore s’accrocher au dessus d’une cheminée, ou dans un salon de coiffure… Faudra leur demander.

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23 avril 2006

Je m’amusais le dimanche soir…

Classé dans : nostalgies — wolivié @ 10:07

… J’écrivais une chronique hebdomadaire dans le Journal de la Haute-Marne qui paraissait chaque mardi : La queue du chat.
De juillet 1999 à mars 2002.
J’aimais ça. Les lecteurs aussi. Ils me le disaient dans la rue ou me l’écrivaient.

Le rédac’chef m’a lourdé. Cela arrive. Ses raisons lui appartiennent à ce point que je ne lui ai rien demandé.

Mon seul chagrin, c’est que, n’ayant plus de commande, je n’en écris plus.
Un recueil des premières est paru en 2001…

J’en retrouve une en plein dans le sujet des papiers froissés qui ces temps-ci me tarabustent.
Agrémentée de deux dessins bonus, la voici.

Idées noires
Étrange commande.
Le dessinateur l’a reçue d’un fabricant de tubes d’acier pour créer une page de bande dessinée en couleur destinée à promouvoir la qualité de ses produits d’une manière originale et sympathique. Il devait réaliser six ou sept images, sur le thème de son choix, vantant le mérite de ces fameux tubes.
Sans réfléchir, le dessinateur se plongea dans le sujet et crut trouver une bonne idée…
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Sur la première image, très large il installa un très joli décor d’un parc de résidence au petit matin dans les tons roses et mauves d’un lever de soleil au printemps. Sur la deuxième, il dessina un gros plan sur le visage d’une petite fille qui lisait un roman rose. En plus large, la troisième image montrait, au-dessus de la fillette, le visage d’une infirmière qui souriait… avec dans son œil une petite lueur de mélancolie…
Sur l’image d’après, plus petite, on ne voyait qu’un très gros plan de détail sur le tube d’acier brillant d’un accoudoir de fauteuil roulant.
Il était encore dans le sujet, mais le dessinateur, imaginant la tristesse du prochain dessin, se dit que sur le thème, il devrait chercher une idée autre que la myopathie.
Il déchira la page et recommença tout.
Sur la première image, très large il installa un très joli décor dans les tons ocre et roussis d’un après-midi automnal. Sur la deuxième, un sanglier se vautrait sous un châtaigner. En plus gros plan, la troisième le montrait en alerte, se relevant couvert de boue, prêt à charger, avec dans son œil une petite lueur de fureur…
Sur l’image d’après, plus petite, on ne voyait qu’un très gros plan de détail sur le tube d’acier luisant d’un fusil astiqué.
Il était dans le sujet, mais le dessinateur, imaginant la violence du dessin qui devait suivre se dit que sur le thème, il devrait chercher une idée autre que la chasse.
Il déchira la page et recommença tout une fois de plus.
Sur la première image, très large il installa un très joli décor de montagne dans les tons bleutés et pâles d’un crépuscule hivernal. Sur la deuxième, un berger soufflait sur les braises d’un feu de bois pour ranimer la flamme. En plus gros plan, la troisième montrait sa femme couverte de neige se blottissant contre lui, avec dans son œil une expression de terreur…
Sur l’image d’après, plus petite, on ne voyait qu’un très gros plan de détail sur le tube d’acier du canon scintillant d’une mitrailleuse.
Il était définitivement dans le sujet, mais le dessinateur, imaginant la cruauté du prochain dessin, se dit qu’il était dans un mauvais jour, décida de remettre le travail au lendemain matin…
Mais avant de s’endormir, il ramassa les dessins déchirés.OlivierTaffin-029.JPG
La nuit portant conseil, les morceaux pourraient servir, car il avait une autre commande… Sur l’innocence, au fil des saisons.

17 avril 2006

Mur du son

Classé dans : science — wolivié @ 10:24

Jusque-là, ma vie, comme une onde, s’est propagée depuis la source à la façon des vagues créées par un caillou tombé dans l’eau.
Les ondes se sont éloignées de moi à vitesse constante, de façon concentrique.
Il en est ainsi de la propagation du son lorsque l’avion, immobile sur la piste, lance ses réacteurs.
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À la vitesse exacte du son, l’appareil se déplace en surfant sur les ondes qu’il a émises précédemment, il va aussi vite qu’elles.
S’il dépasse cette vitesse, on entend une forte détonation quand il passe près de nous, ou peu de temps après si l’on est plus loin de sa trajectoire.

Après ce Bang, le bruit des réacteurs nous parvient normalement.
Ouf.
Il est étonnant qu’on n’entende jamais le bruit des réacteurs des avions supersoniques avant le Bang, puisqu’ils en font.

Lorsqu’il n’y a pas de bruit, il y a accumulation, concentration.
On peut reproduire ce phénomène, avec un fouet par exemple… Son claquement est semblable à la manifestation du passage du mur du son pour son extrémité…

Pour moi, ce qui surtout, s’est ainsi propagé, c‘était mes instants d’hésitations… Sitôt émises, des ondes se cristallisaient.
Si je bousculais tant soit peu le dernier de ces instants, celui d’avant écrire ceci, tous les précédents seraient renversés à la façon de morceaux de sucre que j’aurais délicatement rangés à cet effet.

Un grand vacarme s’en suivrait que je n’entends pas déclencher sur le champ.
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Le bruissement de feuilles que je froisse pour cause de « peu de choses écrites dessus » peut me suffire.

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