J’arrive…

Durant deux années, ce blog, comme une onde, s’est propagé depuis la source à la façon des vagues créées par un caillou tombé dans l’eau. Je l’avais prévu ainsi.
Les ondes se sont éloignées de moi à vitesse constante, de façon concentrique.
Elles se sont éloignées aussi les unes des autres, comme si leur écho ne suffisait pas à me suffire. Elles ont atteint quelque bordure et s’en retournent en s’evanouissant…

Je cherche un caillou pour le second tome.
Un caillou ou un lance-pierre…
Si Juliette et Lucie composent et chantent « leur papa », ce n’est pas tant par la proximité, mais disent-elles, par le choix du propos… Il faut dire que maintenant, je me fais porteur autant de leurs idées et de leurs désirs que des miens et que j’aime bien ce côté « commande », qui a le mérite de réveiller et de secouer mon « inspiration ».
Si je mets des guillemets et des parenthèses un peu partout, c’est que mon histoire d’artiste en est bourrée. Peintre et dessinateur entre parenthèses, auteur de Bédé entre guillemets, auteur de théâtre entre les deux, de chroniques, de poèmes et de livres illustrés en supplément, j’ai passé une quarantaine d’années à vivre de tout cela, de rien d’autre, en me gardant bien de choisir une case… Je l’aurais vécue comme la case prison.
Tant qu’à y passer trois tours, j’ai préféré un cloche-pied sur une Marelle.
Je me suis réservé le moment de sauter à pieds joints sur le « Ciel ». (Sachant que l’arthrose est en embuscade, j’ai intérêt à me grouiller à lancer mon caillou, je sais)
On me considère, dans tous les domaines que j’ai abordés, au mieux comme un Franc-tireur, au pire comme un Fugitif. Un peu des deux sûrement, puisqu’il faut bien que je constate que je n’ai jamais mis les pieds ni au bon endroit, ni au bon moment. En tout cas, pas les deux à la fois.
Un exemple.
Le plus marrant (le moins drôle), c’est que du coup, les dessinateurs admirent mes chansons et mes pièces, tandis que les chanteurs se demandent pourquoi je ne fais pas…rien que du dessin !
Des deux éliminations, j’ai fait ici un cumul : contenter les « poètes » avec mes graffitis et les « graphistes » avec mes bouts rimés !
(J’aurais, c’est sûr, préféré l’inverse, mais ça mange pas d’pain, surtout si on considère que, de toute façon, c’est la musique qui fait la chanson…)
Bref. Comme dans un petit racket de sortie de collège, je n’ai pris dans les codes de chacun de ces genres, que ce qui m’arrange.
C’est cela qui dérange.
Ce qui dérange dans mon racket, c’est que je ne pique pas le blouson, mais juste le ticket pour le match dans la poche intérieure.
Du coup je ne fais pas partie de la bande.
D’aucune bande.
Je vais au stade tout seul.
Né le 20 janvier 1913, Jean Robinet est un « écrivain paysan contemporain »… Une place de village porte son nom, à Villegusien le lac, en Haute Marne.
En plus et surtout, c’est mon ami.
Je l’ai même dessiné dans sa cuisine ( en train de me lire !)

Jean a traversé le 20ème siècle en semant autant de céréales que de bouquins, Il déboule dans le 21ème comme une jeune auteur, une poignée de graines à la main.
De la mauvaise graine ?
Dans son dernier livre, on ne sait pas.
Pour Jacques et Lucienne, couple d’agriculteurs, très épris ; le bonheur serait complet si un enfant venait à naître… Mais, si les terres familiales sont fertiles, leur couple reste infécond. S’engage alors un long et douloureux processus médical qui remuera les époux jusqu’au plus profond de leurs certitudes.
L’enfant viendra-t-il ? Comment viendra-t-il ? D’où viendra-t-il ?
D’une autre semence est un livre d’exception.
Parce que, justement, il ouvre une porte, écrit à l’âge où on les ferme, ce nouveau roman de Jean Robinet est une véritable aventure, aussi magique et déchirante que la gestation qu’elle poursuit, aussi banale et tendre que le quotidien qui l’accompagne.
Parce l’image de la terre nourricière et maternelle sort de la contemplation nostalgique, parce qu’elle ne suffit plus et qu’on entre ici, de plain-pied, dans le processus d’un autre accouchement.
Il ne s’agit plus de métaphores. Nous sommes bien chez le gynécologue. Durant 150 pages, comme une ponctuation, son doigt de caoutchouc va fouiller le cœur du problème de la vie, de l’avenir.
Pourtant, toute l’histoire de l’auteur était là pour empêcher ce livre.
Sa génération s’efface, celle de la pudeur et des silences, des conservatismes mesurés, où respect ne pouvait rimer qu’avec religion, famille ou patriotisme…
Pour ne pas partir avec, l’auteur opère ici une véritable transgression. Une transgression obligatoire car un simple bilan eut été un abandon et que l’homme se refuse à clore le rythme des saisons sur un mauvais printemps.
À tout prix un enfant doit naître. Jean Robinet l’a choisi. Quoi que cela coûte, cela continuera.
Il croque alors à belles dents dans « ses » interdits. Des gestes, qui lui paraissaient vulgaires, des mots, qu’il trouvait crus, parcourent son roman, s’infiltrent dans l’univers de l’écrivain comme s’il désirait lui-même bousculer une image qu’il devine se figer… Il les apprivoise au fil des pages, à l’instar de ses héros, héroïques en l’occurrence.
Ces pages ont dû lui coûter autant que le réjouir de les affronter enfin.
Diable d’homme ! Diable au sens de malin (sans majuscule), d’avoir déniché une petite touffe de ronces dans son amour des collines pour en conter l’histoire…
Et, si les mauvaises moissons, les bonnes semailles font encore le bonheur de pages enthousiastes, le monde de la parabole n’est ici plus qu’un contrepoint.
C’est du Robinet nouveau intime et trouble, qui conte une déchirure ordinaire, comme un rite de passage qui s’accomplit jusqu’au bout, par-delà les préjugés, les blocages.

C’est pas donné à tout le monde d’être mon ami.
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